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Sommes-nous trop informés ?

Certains d’entre nous ont du mal à dire stop aux news et à résister à l’appel des notifications sur leur smartphone. Aïe, ça me concerne, je sens que cet article va être riche en sincérité.
Vous vous sentez visé ? Cliquez, cet article pourra peut être vous aider à y voir plus clair. Vous ne vous sentez pas concerné ? Cliquez aussi, ça vous aidera peut être à mieux comprendre les autres, et ça, c’est pas toujours évident.
Ps: Promis je ne vais pas vous noyer dans un océan d’informations inutiles.
Bonne lecture !

Disclaimer : Le début de cet article se compose d’une anecdote personnelle, oui je raconte (un peu trop ?) ma vie mais c’est pour vous mettre dans le contexte.

Première semaine de septembre, semaine de vacances pour moi. Le soleil a l’air de briller depuis un bon petit moment déjà. Je me réveille. Comme très souvent, mon premier réflexe est de récupérer mon téléphone déposé la veille, juste avant de m’endormir, au pied de mon lit. Il est dix heures, je n’ai rien de prévu aujourd’hui. J’ai encore une bonne partie de la journée devant moi. Cool. Je vais pouvoir me concentrer pleinement sur cet article qui me trotte dans la tête depuis un moment. Tu sais, celui sur la société de la surinformation. C’est vrai qu’aujourd’hui, avec Internet et son accès permanent depuis nos smartphones, l’information fuse de tous les côtés. Ça pourrait être un sujet intéressant. Mais pour l’instant, je ne suis pas encore assez réveillée. 

Après l’incontournable check matinal de mon Instagram, une idée me vient à l’esprit. Tiens, si j’allais faire un tour sur YouTube. Piège : YouTube, c’est mon péché mignon. Oh cette vidéo a l’air super intéressante, une vidéo historique sur la société française du 19esiècle. Je clique. 35 minutes plus tard, une vidéo apparaît comme par magie dans mes recommandations : « Faut-il travailler pour vivre ou vivre pour travailler ». Sympa. En plus c’est Arte, c’est que c’est du sérieux. Toujours allongée bien au fond de mon lit, je reclique. 25 minutes plus tard, un reportage d’une heure sur une juge ultra-orthodoxe issue de la communauté juive hassidique de New-York me fait de l’œil. Et merde. Je clique. 

Le pire, c’est qu’après ce gavage informationnel qui a, au final, duré presque trois bonnes heures. Il m’a fallu retourner jeter un coup d’œil à mon historique afin de pouvoir me souvenir des thèmes abordés par ces reportages. Car, oui, entre temps il y a bien sûr eu des petites vidéos de quelques minutes qui ont défilé sous mes yeux « ça a l’air intéressant, je dormirai moins bête », et ça, ça embrouille quand même bien la mémoire, j’imagine que vous le savez. 

Je dois avouer que je ne suis pas super fière de ma performance en écrivant ces quelques lignes mais ce que je vous raconte là, c’est simplement réel. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive et je suis prête à parier que ça n’arrive pas qu’à moi. Ai-je tort ?

La surcharge informationnelle au quotidien.

Aujourd’hui et ce, surtout depuis l’apparition d’Internet dans nos quotidiens, l’information pullule. Ce n’est pas par pur hasard que j’ai opté pour l’utilisation du verbe pulluler. Lorsqu’on utilise ce verbe, on fait souvent référence à des insectes ou des animaux qui ne cessent de se multiplier et ce, à une très grande vitesse. Ce verbe a souvent une connotation assez négative, ce sont souvent des insectes nuisibles pour l’Homme que l’on va décrire en utilisant ce verbe. Cela rend son utilisation d’autant plus pertinente dans le contexte de la diffusion de l’information car une surcharge informationnelle peut devenir nuisible à l’Homme en agissant sur lui insidieusement. Comme un mal invisible. 

De nos jours, l’information pullule car tout le monde et n’importe qui peut devenir un média. Mais au fond un média, c’est quoi ? Un média, c’est tout simplement un moyen de diffusion de l’information. Ainsi, lorsque l’on relaye des articles sur notre page Facebook, nous agissons comme média. Chacun peut aussi, et j’en suis le parfait exemple, créer soi-même, un blog, une plateforme en ligne de diffusion de l’information d’une manière complètement indépendante et sans formation. Ainsi, il pourra diffuser sur ce média les informations de son choix

Avant l’existence d’Internet, ce phénomène n’existait que très peu. La diffusion de l’information se faisait de manière verticale grâce au travail du journaliste de métier et des grands journaux de presse écrite puis à la télévision ou à la radio qui étaient alors les seuls à pouvoir exercer les missions d’un média. Le travail du journaliste était (et est toujours) de trier, organiser et hiérarchiser l’information brute pour qu’elle devienne claire et digeste au moment de sa diffusion vers le public. 

Aujourd’hui, le métier de journaliste existe toujours. Néanmoins, chacun d’entre nous se doit d’exercer certaines missions de journalisme par soi-même dans sa vie quotidienne pour faire face au nouveau système de diffusion de l’information que l’on peut qualifier comme étant le système de l’information horizontale. 

Cela a, bien entendu, de nombreux aspects positifs qui ne sont pas négligeables. Je ne serai pas honnête si je ne vous citais ici que les défauts liés à l’accès à l’information sur le web. Ce dernier a permis d’ouvrir en grand les portes de la connaissance afin de la rendre accessible à tous. Mais ce n’est pas tout. Cela peut aussi favoriser notre ouverture d’esprit en nous offrant la possibilité de nous renseigner, d’apprendre et de comprendre à propos de sujets auxquels on n’aurait jamais pensé de nous-même car trop lointain à notre style de vie et aux problématiques de notre quotidien. Sans oublier que le web nous offre chaque jour, à nous tous, la possibilité de créer et de partager nos créations en ligne : au monde entier. 

Malheureusement, il existe également de nouveaux maux dans nos sociétés qui sont intrinsèquement liés à Internet et à la diffusion massive de l’information qui s’y opère. Aujourd’hui, nous avons accès à énormément d’information. Nous sommes en permanence stimulés par les news grâce (ou à cause) du système de notifications proposé par nos smartphones. L’information est omniprésente dans nos vies, il y en a beaucoup, partout, tout le temps : on est accro. Ce qui, comme vous l’avez peut-être déjà ressenti, ne favorise pas toujours notre bien-être et surtout celui lié à notre santé mentale

La notion d’Infobésité : la surcharge informationnelle comme malbouffe de nos cerveaux.

Dans un premier temps, on a analysé la surcharge informationnelle dans le cadre de l’entreprise. Au cours des années 1960, on a commencé à remarquer qu’une surcharge informationnelle pouvait provoquer de réels dysfonctionnements au sein d’une entreprise : elle rendrait les travailleurs moins productifs et ferait donc perdre de l’argent.

« Les courriels sont la cause d’une crise de production dans les entreprises… C’est le cancer silencieux des sociétés ». 

« No e-mail today-or else », IT World, Canada, 9 juillet 2007.

C’est l’exemple du tableau d’affichage surchargé qui a été pris en premier pour démontrer ce phénomène. Puis à partir du moment où la communication par e-mails dans l’entreprise a pris une place prépondérante, la surcharge informationnelle a connu un tournant. Les cadres consacreraient en moyenne 30 % de leur temps à la consultation de leurs e-mails. Ces e-mails, qui sont très souvent, des échanges en interne, peuvent alors freiner la productivité. Il semblerait que lorsqu’on se retrouve face à un trop-plein d’information, cela pourrait entrainer une certaine paralysie dans la prise de décision. Ce moment de paralysie constituerait alors une réelle perte de temps et donc d’argent pour l’entreprise. 

Infobésité : En 1983, c’est dans ce contexte qu’a été dégagée la notion « d’Infobésité » par l’écrivain américain David Shenk. Ce dernier parlait alors de « masse grasse informationnelle qui étouffe le processus intellectuel ».  Ce mot est récemment entré dans nos dictionnaires, personnellement je n’en avais jamais entendu parler avant de creuser le sujet. Le connaissiez-vous ?

Pourtant le concept de surcharge informationnelle remonte à bien plus loin que l’avènement du web et des e-mails. Il remonte à une époque où Internet n’était ni imaginé, ni imaginable. En effet, durant l’Antiquité, Sénèque disait déjà : « l’abondance des livres disperse ». Et oui, à cette époque, pas de smartphone, de Google ni de Wikipédia mais une multitude de livres et des personnes qui se rendent compte peu à peu que chercher à lire tous les livres existant sur cette planète se rapprocherait d’une forme de folie. 

Malgré cela, aujourd’hui, nous ne semblons pas avoir beaucoup apprit des erreurs de nos ancêtres. On continue de se gaver tous les jours de news. L’actualité en continu a pris pour beaucoup d’entre nous, parfois sans qu’on s’en rende vraiment compte, une grande place dans nos quotidiens. On laisse allumées les chaînes télévisées d’information en continu pour « avoir un fond sonore ». On consomme une quantité monstrueuse de contenu chaque jour sur les réseaux sociaux : des articles, des vidéos, des reportages, des posts en tout genre…

Mais est-ce qu’ainsi nous cultivons vraiment notre esprit ? Est-ce que toute cette information veut vraiment notre bien ? Est-ce qu’en se gavant de la sorte on se fait du bien ? Est-ce que s’informer c’est connaître ? Est-ce que savoir c’est comprendre ? J’en suis de moins en moins sûre. 

Edgar Morin disait : « L’excès d’information tue la connaissance, on semble savoir mais on ne comprend plus rien ». Je trouve cette citation très juste. Elle peut être parfaitement illustrée par la petite histoire que je vous ai raconté au début de l’article. A force de toujours vouloir en savoir plus sur tous les sujets, on ne laisse pas à notre cerveau le temps de digérer l’information, de l’approfondir et de la comprendre

« Ca rentre par une oreille et ça ressort par l’autre ». Concernant les (très) nombreux « reportages » sur YouTube que je consomme par semaine, je n’aurai pas dit mieux. A force de toujours vouloir plus, il est possible de se retrouver avec rien. Et avec tout ce temps passé à s’informer, ce résultat serait bien dommage.  

Un impact sur notre santé mentale et les capacités de notre cerveau.

Mais ce n’est pas tout, l’Infobésité a également certaines répercussions plus insidieuses, plus vicieuses sur nous. Beaucoup comparent l’Infobésité à la malbouffe. Pas compliqué, l’analogie est bien faite : Info + obésité, on comprend vite où on veut en venir. 

Premièrement, comme dit un peu plus haut, et comme peut l’être la malbouffe, la consommation sans limite d’information peut être considérée comme une réelle addiction. 

Au Japon, on retrouve de plus en plus fréquemment un phénomène relativement récent. Celui des « hikikomoris ». Ce mot japonais peut se traduire en français par « se replier, être confiné ou encore par un retrait social aigu ». Il vise des personnes qui vivent coupées du monde extérieur et de toutes relations sociales en vivant cloîtrées dans leurs chambres pendant des mois voire même parfois des années. Depuis peu, ce mot a été transposé à la notion d’infobésité ce qui donne alors lieu à un phénomène nouveau que l’on nomme : « les hikikomoris du savoir ». Ce sont des personnes qui s’isolent à cause du fait qu’elles consacrent tout leur temps à s’informer sur le monde qui les entoure sans pour autant en prendre part. Leur addiction a l’information donne ainsi lieu à un isolement total.

Plus de monde extérieur, plus de relations sociales. Juste leur smartphone, juste leur ordinateur pour toujours rester informé : le plus important.  

L’Infobésité est un phénomène très sournois, invisible, il arrive même que l’on nie le fait de souffrir d’Infobésité car on ne s’en rend même pas compte. Pourtant l’Infobésité peut affecter notre santé mentale ainsi que les capacités de notre cerveau sur de nombreux points.

Comme beaucoup de mes lecteurs me l’ont souligné, elle peut provoquer le sentiment d’être submergé par l’information, de se noyer dans un vaste océan de notifications et de « breaking news ». Ces sensations peuvent, dans la vie professionnelle comme dans nos quotidiens personnels, être à l’origine de paralysie dans la prise de décision ce qui provoque une baisse de sa productivité en général. Cette baisse de productivité est alors souvent source de perte de confiance en soi. On a l’impression qu’on aimerait faire des choses qui nous rendraient plus productifs. Que l’on perd notre temps. Mais d’un autre côté, c’est plus fort que nous. Nous voulons rester informé et c’est d’autant plus vrai quand on est un grand adepte des réseaux sociaux. 

L’infobésité est alors souvent à l’origine de plus ou moins fortes difficultés de concentration et d’une baisse de la capacité d’attention en général.  Il nous est de plus en plus difficile d’être à 100% concentré sur une seule et même tâche.

Un nouveau sentiment est également de plus en plus fréquemment ressenti par un grand nombre d’entre nous : celui de la passivité face à l’information. 

En effet, on ne cesse de s’habituer chaque jour un peu plus à recevoir de l’information toute cuite dans nos becs. Et très souvent, cette information vient à nous sans même que ne nous ne l’ayons demandé. Si on reprend mes petites anecdotes personnelles citées plus haut, pour chacun des reportages que j’ai visionné sur YouTube, aucun visionnage ne résultait d’une recherche spontanée liée à ma curiosité personnelle. Non. Chaque reportage m’a gentiment été servi sur un plateau d’argent par l’algorithme de YouTube. 

Peut-on alors craindre une baisse de la curiosité en général dans nos sociétés si nous devenons tous bien trop habitués à recevoir de l’information sans aucun effort ? Doit-on redouter une trop grande passivité face à l’information ?

Apprendre à s’informer équilibré.

Pour conclure cet article, il me semble important de discuter ensemble de solutions accessibles à chacun d’entre nous pour apprendre à nager dans l’océan de la surinformation ou bien apprendre à manger de l’information équilibrée (choisissez celle que vous préférez). 

Ici, on ne peut que citer les travaux d’une spécialiste française en matière d’Infobésité: Caroline Sauvajol-Rialland. Selon son propos, le plus important est de prendre en main certaines missions du journaliste que l’on est tous plus ou moins obligés de maîtriser aujourd’hui pour apprendre à devenir “son propre directeur de l’information”. 

Mais qu’est-ce cela peut bien vouloir dire ? Cela signifie qu’il faut prendre soi-même les choses en main afin d’apaiser son propre cerveau de la surstimulation informationnelle qu’il reçoit de la part du monde extérieur. 

Peut-être devons nous apprendre dans un premier temps à moins regarder notre téléphone, même si cela n’est pas une mince affaire, à ne pas sauter sur chaque notification comme si notre vie entière en dépendant. 

Ainsi il faut apprendre à décharger son cerveau, à le débarrasser des informations inutiles qui l’occupent et peuvent le paralyser. 

Nos missions étant que directeur de l’information de notre cerveau sont alors de ranger, prioriser et hiérarchiser l’information que l’on reçoit pour qu’il en résulte quelque chose de digeste pour notre cerveau. Comme avec la nourriture, il faut être à la recherche d’un certain équilibre. Cette information est-elle vraiment utile ? En ai-je vraiment besoin ? Va-t-elle m’apporter quelque chose ? Consommer peu mais de qualité c’est important pour de pas se sentir couler. 

Enfin, après une longue réflexion, ce qui est surtout important de mon point de vue c’est de se laisser du temps. Se laisser le temps de la réflexion, prendre le temps d’analyser et surtout de comprendre l’information que l’on ingurgite pour ne pas la vomir avant d’absorber la suivante. 

A écouter si ça vous intéresse :

Podcast “Infobésité, qu’est-ce que c’est ?” Autour d’un mot, orthodidacte.
Podcast Evetopie « l’impact d’Internet sur l’Infobésité ». 
Podcast Evetopie « l’impact des réseaux sociaux sur l’information ». 
Podcast Evetopie « Souffrez-vous d’infobésité ? ».
TEDX Caroline Sauvajol-Rialland « l’infobésité tue la communiation ». 
TEDxCarthage de Nicolas Kayser-Bril « INFObésité ».

Par MADE IN 1998.

Le rendez-vous préféré des grands curieux : sujets de société, mode (éco)responsable, monde du numérique, voyages et culture. Ici, on parle de sujets qui m’inspirent et qui peuvent aussi inspirer ma génération (mais pas que!).

2 réponses sur « Sommes-nous trop informés ? »

Nous sommes trop informés c’est certains, la TV, les journeaux, les sites, tous cherchent à se démarquer avec une info exclusive : on en vient à faire des articles bêtes plutôt que de parler de choses importantes. Nous sommes trop/mal informés.

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